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“Tokyo Sonata” - Kiyoshi Kurosawa
La version mise en page et les photos sont disponibles sur la nouvelle version du blog: http://www.watashinokutsu.be
Ce film est l’histoire d’une implosion. Celle d’une famille japonaise banale qui va petit à petit basculer. Lorsque le père est licencié, il n’ose pas l’avouer. Cette situation va vite déteindre sur ses relations avec sa femme et ses fils, alors qu’il erre la journée dans Tokyo pour donner le change et ne pas rentrer chez lui trop tôt. L’ainé décide de rejoindre l’armée américaine tandis que le cadet n’a qu’une idée en tête : apprendre le piano malgré l’interdiction de son père. La mère, Megumi, ne laisse rien paraître et tente de continuer à donner corps à la vie de famille…
Véritable drame social, Tokyo Sonata a le mérite d’éclairer la société japonaise d’une lumière peu présente dans celle véhiculée par le « soft power » japonais. Bien loin du « kawai », on découvre un Japon impitoyablement rude avec ses files d’attentes pour trouver un emploi, ses distributions de nourriture gratuite et son inexorable mouvement d’exclusion pour ceux qui n’ont plus d’entreprise.
La réalisation de Kiyoshi Kurosawa (à ne pas confondre avec l’autre Kurosawa, cinéaste japonais classique prénommé Akira) est très soignée. Les jeux de cadres, spécialement dans la maison familiale, donnent véritablement une force esthétique et symbolique aux séquences. Tant tôt séparée par un mur, parfois vu de l’extérieure, la vie de famille est donnée à voir de manière complexe. Je ne sais pas si c’est par son jeu d’acteur, son rôle ou par l’expression naturelle de son visage, mais Teruyuki Kagawa (qui joue le rôle du père) m’a particulièrement marqué.
Au delà de l’intérêt esthétique, c’est aussi le côté « sociologique » que je retiendrai. Même si la fiction impose la prudence, ce film pose de nombreuses questions sur la vie japonaise. Bien sûr, il interroge sur les différences culturelles. Mais au-delà d’un « moi j’aurai », il jette une lumière crue sur la difficulté d’assumer le rôle d’homme, de femme, ou de fils dans cette société où la question de l’honneur et de la place dans le groupe ont autant d’importance.
Un film touchant et qui a le mérite de nuancer intelligemment une vision souvent idéaliste de la société japonaise.
La version mise en page et les photos sont disponibles sur la nouvelle version du blog: http://www.watashinokutsu.be