{わたしのくつ} watashinokutsu

Comprendre,Voir,Lire,Ecouter,Goûter,Parler...Etcaetera

Billets comportant le tag Amour

5 notes &

“Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime” – Elena Janvier

Une femme japonaise © Bianchetti/Leemage

Le père Noël, particulièrement bien inspiré, a eu l’excellente idée de m’offrir un de ces petits livres qu’on peine à refermer : « Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime ». Elena Janvier nous proposent son dictionnaire de la vie au Japon. Forme plurielle plus que méritée: derrière ce patronyme se cachent en fait 3 femmes ayant vécu dans l’archipel nippon.

Mise en situation : 1585, le père jésuite portugais Luis Fróis écrit «Européens & Japonais, traité sur les contradictions et différences de mœurs». Près de 400 ans plus tard, les auteures reprennent le flambeau et décident d’écrire la suite dans un petit livre paru chez Arléa, dans la collection « Flâneries japonaises ».

L’agencement en abécédaire des différents sujets, voyageant d’un mot à une page entière, offre une certaine légèreté à l’œuvre. Elle se laisse lire, par-ci par-là, au gré du hasard ou de l’esprit du moment. Le résultat est qu’on en apprend beaucoup sur la vie et les coutumes des Japonais, pour le meilleur (la pharmacie japonaise classique propose toute une série des produits d’entretien pour la maison), parfois pour le pire (la peine de mort par pendaison y est encore en vigueur, même si elle est relativement peu courante).

Mais bien plus encore, c’est le style que l’on appréciera, tout en jeu et poésie. Un regard amusé, amusant et authentique. Morceaux choisis :

« Escalators : {…} Les rampes d’escalators de Kyoto, on mangerait dessus (à condition d’être rapide). Parce qu’il y a des gens dont le boulot est de nettoyer les rampes d’escalators. Des brigades de nettoyeurs de rampes d’escalators. Ils montent et descendent toute la journée, un chiffon à la main. Résultat, pas d’hésitation, on s’accroche. Les nettoyeurs de rampes d’escalators aussi sans doute, parce qu’il vaut mieux avoir une vie intérieure très riche pour faire un boulot pareil.»

«Feuilles mortes : En France, on peut shooter dans les tas de feuilles mortes. Au Japon, c’est difficile, il semblerait qu’elles soient ramassées une par une au fur et à mesure de leur chute. Peut-être même en plein vol, c’est fort possible »

Au final, un principe assez classique réalisé de manière profondément originale. On s’étonne, se réjouit, s’attriste. Une invitation à la découverte de tous ces petits riens qui font toute la différence.

Site de l’éditeur : http://www.arlea.fr/Au-Japon-ceux-qui-s-aiment-ne

Classé dans Comprendre Lire Japon Japan Asie Japonais Livre Elena Janvier Amour Aime Poésie Escalators Feuilles mortes Kyoto

2 notes &

“Sans même nous dire au revoir” - Kentarô Ueno

“Ce livre est le dernier que je dédie à ma défunte femme, Kiho. À tous ceux qui ont perdu un être cher. À tous ceux qui ont des êtres chers auprès d’eux - Juin 2010 - Kentarô Ueno”.

C’est ainsi que commence “Sans même nous dire au revoir”, un manga exceptionnel paru récemment chez Kana. Dés la couverture, le ton est donné : les larmes se superposent au dessin. Le mangaka, se définissant lui-même comme étant d’habitude “humoristique et satirique”, nous raconte ici comment il a vécu le décès soudain de sa femme. Une œuvre autobiographique, qui raconte l’auteur et se raconte. Le récit, jour après jour, du deuil d’un mari devant malgré tout rester père… D’un mangaka voulant à tout prix continuer à dessiner…

Un manga d’une rare émotion, évidemment. L’histoire simple d’un drame pouvant arriver à n’importe qui, n’importe quand. C’est cette banalité, ce “en-le-commun”, qui donne toute sa force à ce récit. Un morceau triste d’une vie particulière, qui pourtant touche à l’universalité de l’émotion… de l’être l’humain.

Cependant, l’émotion ne fait pas tout. Il est vrai que ce manga est parfois décousu, pas toujours sublime, mais quel exploit d’arriver à sortir une production d’une si grande sincérité face à une telle épreuve. L’auteur réalise un coup de maître : malgré la douleur et l’atrocité des événements, il nous livre un excellent manga, tout simplement. Kentarô Ueno arrive à mettre des traits et partager à sa façon de vivre l’incompréhensible de l’existence, l’injustice finale, la mort de ceux que l’on aime… C’est ce qui m’a le plus touché : la simplicité avec laquelle ce manga a été dessiné. Sans maquillage et sans fioriture. Un manga qui est et sera lu: la plus belle preuve d’amour pour sa femme…?

Ce manga aurait pu être un “regardez-moi” ou “un coup commercial”. Mais c’est tout l’inverse : juste un “voici mon histoire et la manière dont je l’ai vécue” et un “je t’aime”. Vous l’aurez compris, ce manga n’est pas un manga ordinaire… Vous aimerez, ou pas, mais je suis sûr qu’il vous marquera… Et si ça m’arrivait ?

Classé dans lire japon japan japonais asie manga au revoir kana Kentarô Ueno mangaka otaku dessiner vivre mort humain amour dueil larme