Billets comportant le tag Katsuhito Ishii
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J’ai récemment posté sur le blog la chanson “Yamayo Yamayo” extraite du film The Taste of Tea sorti en 2004. Extrait, cela dit en passant, absolument pas représentatif du reste du film… quoi que !
L’histoire se résume facilement: on suit le quotidien d’une famille, les Haruno, habitant dans un village de la campagne japonaise. Le récit avance au fur et à mesure de tranches de vie des 6 protagonistes principaux : Hajime, le fils , sa petite soeur Ayano, leurs parents, leur oncle et leur grand père assez… loufoque ! Cinq destins différents, qui se croisent pourtant dans la maison de famille, véritable scène principale de l’action.
A la fin du film, j’avoue que je suis resté assez perplexe sans savoir si j’avais apprécié ou pas. Après quelques semaines, j’ai revu par hasard un extrait du film à l’occasion de mon cours de japonais… C’est à ce moment que toute la qualité de l’oeuvre m’a sauté aux yeux. Cet extrait montrait plusieurs scènes qui, a priori, n’avaient aucun point commun, suscitant d’ailleurs des réactions plus que dubitatives des autres étudiants. Pourtant, en ayant vu le film, je pouvais comprendre chacun des passages en les reliant au destin personnel des protagonistes. La prouesse du réalisateur se situe là : il arrive au final à donner une véritable cohérence à toutes ces histoires, articulant le tout en un film résolument original.

Il est vrai que certains passages sont plus obscurs, et qu’il n’est pas toujours facile, avec notre esprit occidental, de comprendre la portée symbolique de certaines scènes. Le rythme du film, et plus particulièrement son début, peut quant à lui paraître particulièrement lent. Pourtant, je pense vraiment qu’il mérite qu’on s’y attarde. Profondément poétique, Katsuhito Ishii propose une histoire simple et anodine. Cette “gratuité” du récit est quelque chose que j’apprécie vraiment, l’art de raconter l’ordinaire. Repeindre le-tout-les-jours et le monsieur-tout-le-monde est pour moi exploit. En ce sens, je rapprocherais d’ailleurs le “gout du thé” à un manga comme Undercurrent de Tetsuya Toyoda. Pas de message caché, de morale, ou d’intention volontaire de divertir. Juste un appel à rentrer dans un monde, à la fois terriblement proche, mais constamment “à côté”. Cet écart systématique est une autre caractéristique qui me fascine dans la culture japonaise, et qui est illustrée à merveille dans ce film. Il y a souvent ce quelque chose qui “cloche”, un point incompréhensible, fou, qui oblige à s’interroger sur ce qu’on est, et sur la culture dans laquelle on vit.
Je pense que ça vaut la peine de se laisser tenter par The Taste of Tea, qui en définitive, me laisse une bonne impression. J’ai vraiment le sentiment d’avoir vu un OVNI cinématographique. Sans doute parce que je suis novice dans le cinéma japonais, mais aussi parce que ce film propose une expérience très différente. Et puis, si ça peut vous encourager, j’ai trouvé la fin vraiment magnifique.
Un film à essayer donc, mais sans se forcer…