Billets comportant le tag Senseï
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Dans Sabu et Ichi, on est plongé en plein cœur de la période Edo (1600-1868). Période évidemment fascinante, et largement présente dans notre imaginaire collectif avec les figures du samouraï, du shogun ou de la geisha. Époque où Tokyo ne s’appelait pas encore Tokyo, mais bien… je vous le donne en mille… Edo.
Le manga de Shôtarô Ishinomori est servi par un casting qui, à lui seul, vaut son pesant de cacahuètes. Sabu est un shitappiki, sorte d’inspecteur de police local. Il est expert dans le lancé de corde, pratique qui n’a, malheureusement, jamais connu un franc succès de ce côté-ci de la planète. Ichi, quant à lui, est un masseur aveugle. Derrière ce c.v. pas très sexy se cache en fait un as du maniement du sabre, possédant une intelligence hors pairs et un « cœur à mille yeux ». Manga paru initialement entre 1966 et 1972, l’édition française se propose de réunir les 17 volumes en 4 tomes de plus de 1000 pages chacun. Le prix pourra paraître élevé (29€), impression rapidement balayée par la qualité de l’œuvre, de son édition, et bien sûr,son épaisseur.
Les deux compères, lorsqu’ils ne s’affrontent pas au go, nous proposent de partager leurs enquêtes souvent mouvementées. Car Sabu et Ichi, c’est vraiment ça : une suite de petites histoires absolument géniales. Je ne résiste pas à vous donner quelques titres de chapitres afin de vous mettre l’eau à la bouche : « Les cadavres sans têtes », « Sang et Neige », « Le chien fou »… On n’est pas très loin de la parabole et je ne peux m’empêcher de voir une petite morale à la fin de chaque épisode. Pas la grande Morale non, mais bien la petite morale, cachée et poétique, celle que l’on aime et qui nous touche.
Au niveau du dessin, le style est évidemment très différent de ce qui se fait actuellement. J’ai particulièrement apprécié l’évolution au fil du tome : sur 1000 pages, en plus de suivre la progression des personnages, on suit l’évolution du mangaka qui s’affirme et mûrit son style. Lien absolument génial entre le récit et la façon dont il est raconté. Rien que pour ça, cela vaut la peine de jeter un œil et de comparer la première page avec la dernière. Concernant les dialogues, ils ont parfois l’air de sortir de vieux films d’action, ce qui accentue sympathiquement le côté « rétro » de Sabu et Ichi. Regardez d’ailleurs cette planche trouvée au hasard de mes recherches sur internet…

Paru chez Kana, dans la collection Sensei, on peut saluer le gros travail de l’éditeur concernant l’adaptation. Pas toujours simple de comprendre les références de l’époque, mais celles-ci sont bien expliquées dans de nombreux commentaires. L’avantage est qu’on en apprend beaucoup, même si parfois, le rythme de lecture en pâtit un peu. Quelques points négatifs sont malgré tout à signaler. Je dois admettre que j’ai parfois du mal à comprendre la logique de certains passages. Il est aussi difficile de distinguer certains personnages secondaires, notamment féminins, qui ont une fâcheuse tendance à se ressembler. J’avais également éprouvé les mêmes difficultés en lisant l’excellent Kuzuryû, du même auteur et paru dans la même collection (…et que je vous recommande !). Autre époque, autre bout du monde, ceci explique sans doute cela. Mais pas la peine de s’affoler, le tout reste très accessible et plaisant à lire. Dernier petit détail pratique, la grosseur du tome ne rend pas sa lecture toujours très confortable, même si l’on apprécie le format plus grand la moyenne.
En conclusion, il serait plus que triste d’attaquer ce manga fleuve en sprintant, sous peine d’overdose. Non, au contraire, je vous conseille de vous faire plaisir et de le déguster chapitre par chapitre, progressivement. Ce manga de Shôtarô Ishinomori a vraiment une saveur particulière, pour qui saura prendre son temps…