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“Le Gourmet Solitaire” - Jirō Taniguchi et Masayuki Kusumi

Le héros de ce manga mange. Non pas qu’il mange entre autres choses, non. Il ne fait que manger ou presque. On ne sait quasi rien de lui, si ce n’est qu’il est importateur d’accessoires de mode. Un concept intrigant et, avouons-le, assez risqué. Sauf que…

Sauf qu’au dessin, c’est Jirô Taniguchi. Vous le connaissez sans doute : il est certainement un des mangakas les plus connus de ce côté-ci du monde. Le public francophone semble vivre une véritable histoire d’amour avec ce dernier et j’ai l’impression que beaucoup sont tombés dans le manga grâce à lui. Il avoue d’ailleurs lui-même être un passionné de BD « franco-belge ». Son œuvre la plus connue est sans doute « Quartier Lointain », qui a été adaptée au cinéma par le réalisateur belge Sam Gabarski.

Pas la peine de vous mentir, je suis fan. Je le considère d’ailleurs comme un des « sensei » du manga contemporain. Je trouve ses dessins magnifiques et touchants. Les regards, mais quels regards ! Taniguchi-san possède son style bien à lui, quitte à s’écarter des « codes » du manga. Certains lui reprochent d’ailleurs son côté occidentalisé : ce ne serait pas du « vrai » manga ! La question des genres et de leurs évolutions est évidemment intéressante, mais certainement pas sur le mode binaire vrai/faux. On évitera donc ici ce genre de considérations.

Dans « Le Gourmet Solitaire », on retrouve tous ce que j’aime chez Taniguchi. Des personnages vivants : il n’est pas besoin de deviner l’émotion de la scène, il suffit juste de l’apprécier. Ce qui fait toute la différence. Concernant les décors, ceux-ci sont plus vrais que nature et très présents. Il donne force et cohérence au récit. On est loin des vides géométriques présents dans certaines autres œuvres, sans pour autant tomber dans la démontratin technique.

Au niveau du scénario, j’ai trouvé très peu d’informations sur Masayuki Kusumi, si ce n’est qu’il a également collaboré avec Jirô Taniguchi pour un manga intitulé « Le Promeneur ». Même si le principe de base du « Gourmet Solitaire » peut faire peur, celui-ci se révèle très intéressant. On accompagne le héros dans ses choix de restaurants, de plats. On vit ses hésitations, ses joies, ses déceptions. Il est vrai que choisir un endroit où manger, surtout lorsqu’on ne connaît pas, peut s’avérer être un casse-tête assez complexe. Qui n’a jamais hésité, tourné en rond plusieurs minutes, avant de finalement se décider à tester ce petit restaurant à l’apparence carrément sordide, mais dont les clients sortent tous-sourires? La postface, une nouvelle écrite par le scénariste, a pour sujet ce genre de petites aventures du quotidien.

Chaque chapitre du manga est composé de 8 pages et porte le nom d’une spécialité régionale. J’ai donc beaucoup appris sur la gastronomie japonaise : certaines cases décrivent même la composition des plats commandés par notre gourmet solitaire. Alors oui, évidemment, je le conseille. Si vous ne connaissez pas Jirô Taniguchi, commencez peut-être par un manga plus « classique », comme « Quartier Lointain », qui est sans doute plus accessible au premier abord. Par contre, si vous hésitiez à franchir le pas par peur du scénario, je vous invite à vous laisser tenter.

Un petit avertissement pour terminer cette chronique: je vous déconseille de lire ce manga avant d’aller dormir, car même si « qui dort dîne », l’appétit, ici, vient en lisant.

« Le Gourmet Solitaire » est paru chez Casterman dans la collection Sakka.

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“Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime” – Elena Janvier

Une femme japonaise © Bianchetti/Leemage

Le père Noël, particulièrement bien inspiré, a eu l’excellente idée de m’offrir un de ces petits livres qu’on peine à refermer : « Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime ». Elena Janvier nous proposent son dictionnaire de la vie au Japon. Forme plurielle plus que méritée: derrière ce patronyme se cachent en fait 3 femmes ayant vécu dans l’archipel nippon.

Mise en situation : 1585, le père jésuite portugais Luis Fróis écrit «Européens & Japonais, traité sur les contradictions et différences de mœurs». Près de 400 ans plus tard, les auteures reprennent le flambeau et décident d’écrire la suite dans un petit livre paru chez Arléa, dans la collection « Flâneries japonaises ».

L’agencement en abécédaire des différents sujets, voyageant d’un mot à une page entière, offre une certaine légèreté à l’œuvre. Elle se laisse lire, par-ci par-là, au gré du hasard ou de l’esprit du moment. Le résultat est qu’on en apprend beaucoup sur la vie et les coutumes des Japonais, pour le meilleur (la pharmacie japonaise classique propose toute une série des produits d’entretien pour la maison), parfois pour le pire (la peine de mort par pendaison y est encore en vigueur, même si elle est relativement peu courante).

Mais bien plus encore, c’est le style que l’on appréciera, tout en jeu et poésie. Un regard amusé, amusant et authentique. Morceaux choisis :

« Escalators : {…} Les rampes d’escalators de Kyoto, on mangerait dessus (à condition d’être rapide). Parce qu’il y a des gens dont le boulot est de nettoyer les rampes d’escalators. Des brigades de nettoyeurs de rampes d’escalators. Ils montent et descendent toute la journée, un chiffon à la main. Résultat, pas d’hésitation, on s’accroche. Les nettoyeurs de rampes d’escalators aussi sans doute, parce qu’il vaut mieux avoir une vie intérieure très riche pour faire un boulot pareil.»

«Feuilles mortes : En France, on peut shooter dans les tas de feuilles mortes. Au Japon, c’est difficile, il semblerait qu’elles soient ramassées une par une au fur et à mesure de leur chute. Peut-être même en plein vol, c’est fort possible »

Au final, un principe assez classique réalisé de manière profondément originale. On s’étonne, se réjouit, s’attriste. Une invitation à la découverte de tous ces petits riens qui font toute la différence.

Site de l’éditeur : http://www.arlea.fr/Au-Japon-ceux-qui-s-aiment-ne

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“Sabu et Ichi” - Starsky et Hutch en kimono…

Dans Sabu et Ichi, on est plongé en plein cœur de la période Edo (1600-1868). Période évidemment fascinante, et largement présente dans notre imaginaire collectif avec les figures du samouraï, du shogun ou de la geisha. Époque où Tokyo ne s’appelait pas encore Tokyo, mais bien… je vous le donne en mille… Edo.

Le manga de Shôtarô Ishinomori est servi par un casting qui, à lui seul, vaut son pesant de cacahuètes. Sabu est un shitappiki, sorte d’inspecteur de police local. Il est expert dans le lancé de corde, pratique qui n’a, malheureusement, jamais connu un franc succès de ce côté-ci de la planète. Ichi, quant à lui, est un masseur aveugle. Derrière ce c.v. pas très sexy se cache en fait un as du maniement du sabre, possédant une intelligence hors pairs et un « cœur à mille yeux ». Manga paru initialement entre 1966 et 1972, l’édition française se propose de réunir les 17 volumes en 4 tomes de plus de 1000 pages chacun. Le prix pourra paraître élevé (29€), impression rapidement balayée par la qualité de l’œuvre, de son édition, et bien sûr,son épaisseur.

Les deux compères, lorsqu’ils ne s’affrontent pas au go, nous proposent de partager leurs enquêtes souvent mouvementées. Car Sabu et Ichi, c’est vraiment ça : une suite de petites histoires absolument géniales. Je ne résiste pas à vous donner quelques titres de chapitres afin de vous mettre l’eau à la bouche : « Les cadavres sans têtes », « Sang et Neige », « Le chien fou »… On n’est pas très loin de la parabole et je ne peux m’empêcher de voir une petite morale à la fin de chaque épisode. Pas la grande Morale non, mais bien la petite morale, cachée et poétique, celle que l’on aime et qui nous touche.

Au niveau du dessin, le style est évidemment très différent de ce qui se fait actuellement. J’ai particulièrement apprécié l’évolution au fil du tome : sur 1000 pages, en plus de suivre la progression des personnages, on suit l’évolution du mangaka qui s’affirme et mûrit son style. Lien absolument génial entre le récit et la façon dont il est raconté. Rien que pour ça, cela vaut la peine de jeter un œil et de comparer la première page avec la dernière. Concernant les dialogues, ils ont parfois l’air de sortir de vieux films d’action, ce qui accentue sympathiquement le côté « rétro » de Sabu et Ichi. Regardez d’ailleurs cette planche trouvée au hasard de mes recherches sur internet…

Paru chez Kana, dans la collection Sensei, on peut saluer le gros travail de l’éditeur concernant l’adaptation. Pas toujours simple de comprendre les références de l’époque, mais celles-ci sont bien expliquées dans de nombreux commentaires. L’avantage est qu’on en apprend beaucoup, même si parfois, le rythme de lecture en pâtit un peu. Quelques points négatifs sont malgré tout à signaler. Je dois admettre que j’ai parfois du mal à comprendre la logique de certains passages. Il est aussi difficile de distinguer certains personnages secondaires, notamment féminins, qui ont une fâcheuse tendance à se ressembler. J’avais également éprouvé les mêmes difficultés en lisant l’excellent Kuzuryû, du même auteur et paru dans la même collection (…et que je vous recommande !). Autre époque, autre bout du monde, ceci explique sans doute cela. Mais pas la peine de s’affoler, le tout reste très accessible et plaisant à lire. Dernier petit détail pratique, la grosseur du tome ne rend pas sa lecture toujours très confortable, même si l’on apprécie le format plus grand la moyenne.

En conclusion, il serait plus que triste d’attaquer ce manga fleuve en sprintant, sous peine d’overdose. Non, au contraire, je vous conseille de vous faire plaisir et de le déguster chapitre par chapitre, progressivement. Ce manga de Shôtarô Ishinomori a vraiment une saveur particulière, pour qui saura prendre son temps…

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Aoki Shoten, une librairie 100% japonaise à Bruxelles.

Comme annoncé sur Twitter (@watashinokutsu pour les distraits), j’ai eu la chance de passer une journée 100% japonaise en plein coeur de Bruxelles. Bien évidemment, je vais me faire un plaisir de vous détailler cette aventure sur le blog dans les semaines à venir…

Photo: watashinokutsu

Rendez-vous donc au numéro 123 de l’Avenue des Meuniers pour le départ de cette journée. Pour bien commencer, nous avions décidé de nous rendre dans une librairie japonaise bruxelloise : Aoki Shoten.

Première surprise, au bout du cul-de-sac, la « Japanese School of Brussels ». Je ne savais pas qu’un tel établissement existait en Belgique. Arrivé sur le temps midi, en pleine sortie d’école, j’ai eu la chance de me rendre compte de l’importance de la diaspora japonaise présente dans notre capitale. Après ce petit tour du quartier, je suis donc rentré dans ce que le ZOOM Japon (N.15, novembre 2011) présente comme « la seule librairie-papeterie japonaise de Belgique ». Pas la peine de tourner autour du pot, ce fut un moment très authentique, dès le pas de la porte franchi. L’accueil chaleureux est en japonais, mais vu nos têtes de gaijin et mon faible niveau dans la langue, le français a ensuite été de mise.

Photo: watashinokutsu

La première impression est assez déroutante : fini les inscriptions en romaji, sauf sur les dictionnaires et les ouvrages destinés à l’apprentissage de la langue. C’est ce qui m’a le plus séduit : la libraire et véritablement destinée aux Japonais de Belgique. Vous y trouverez donc romans, magazines, journaux, … Un bel aperçu de ce qui doit se vendre à l’autre bout du monde.

La librairie possède également une belle collection de livres pour enfants. Ce qui est évidemment intéressant pour les débutants, qui commencent rarement une langue par des traités de philosophie, ou des analyses politico-économiques de conflits armés… Une belle opportunité de trouver des ouvrages simples écrits principalement en hiragana/katakana/furigana.

Librairie japonaise oblige, vous trouverez également quelques mangas en V.O, neufs et d’occasion. Le choix est relativement limité et assez ciblé enfance. J’ai malgré tout trouvé un exemplaire du tome 5 de « Pluto » de Naoki Urasawa à un prix plus que démocratique. Pour couronner le tout, vous aurez également droit à un assortiment de fournitures scolaires, toutes plus kawaii les unes que les autres. La gomme en forme de maki est d’ailleurs totalement inévitable.

Voici une petite photo de mes achats : Pluto, un livre d’histoires niveau 1ère primaire et un guide de conversation illustré:

Photo: watashinokutsu

Et les prix, me direz-vous ? Importation oblige, ils sont relativement élevés, sauf pour les mangas d’occasion. Mais que cela ne vous fasse pas peur, et au pire, contentez vous d’y aller faire un tour pour prendre un petit bol d’air japonais en attendant le départ. Si vous êtes perdu, n’hésitez pas à demander conseil, je suis sûr que l’on se fera un plaisir de vous aider…

Groupe Facebook de Aoki Shoten

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“Le Lézard Noir” - Edogawa Ranpo

Au menu du jour : première incursion dans la littérature japonaise sur watashinokutsu avec « Le Lézard Noir » d’Edogawa Ranpo.

Commençons par la « petite histoire » : Edogawa Ranpo est en fait un pseudonyme, qui est la transposition japonaise de « Edgar Allan Poe ». Vous l’aurez compris, l’auteur était un admirateur de l’écrivain américain et de la littérature policière occidentale en général. Car Tarō Hirai (de son vrai nom) semble être un auteur incontournable pour qui s’intéresse au polar japonais. Il est né en 1894 et l’ouvrage qui nous intéresse a été écrit en 1934.

« Le lézard noir » est un roman policier mettant en scène un personnage récurrent de l’auteur, le détective Akechi Kogoro, un policier surdoué enquêtant sur un cambriolage mystérieux. Suspect numéro un : une femme fatale sans scrupules surnommée… « le lézard noir ». Sans rentrer dans les détails, vous retrouverez les ingrédients « classiques » d’un bon roman policier: course-poursuite, cambriolage, enlèvement, énigmes… J’en passe et des meilleures. Une enquête impossible, sauf pour Akechi, qui semble (presque) toujours avoir une longueur d’avance…

J’ai trouvé la lecture très plaisante et très facile. On se prend vite au jeu de l’enquête, et on jubile d’assister aux bras de fers entre les deux protagonistes principaux. Telle une partie d’échec, le détective et « le lézard noir » s’affrontent au fil des pages, usant d’astuces et de subterfuges pour tenter de plier la partie. Un rythme effréné tout au long des 157 pages qui composent le livre.

Un polar riche en retournements, assez classique certes, mais terriblement efficace. Un peu dans le style du « Mystère de la chambre jaune », d’après les quelques souvenirs qu’il me reste de cette lecture. J’ai été très étonné d’apprendre que le livre avait été écrit en 1934, tant le style de l’auteur m’a paru clair et actuel. Cette impression est sans doute encore renforcée par la qualité de la traduction réalisée par Rose-Marie Makino-Fayolle.

Un classique de la littérature policière japonaise donc, mais facile d’accès et très plaisant à lire. « Le Lézard Noir » est paru aux éditions Picquier Poche, une maison d’édition spécialisée dans la littérature asiatique…affaire à suivre !

Site des éditions Picquier

Source : Edogawa Ranpo sur wikipédia

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“Sans même nous dire au revoir” - Kentarô Ueno

“Ce livre est le dernier que je dédie à ma défunte femme, Kiho. À tous ceux qui ont perdu un être cher. À tous ceux qui ont des êtres chers auprès d’eux - Juin 2010 - Kentarô Ueno”.

C’est ainsi que commence “Sans même nous dire au revoir”, un manga exceptionnel paru récemment chez Kana. Dés la couverture, le ton est donné : les larmes se superposent au dessin. Le mangaka, se définissant lui-même comme étant d’habitude “humoristique et satirique”, nous raconte ici comment il a vécu le décès soudain de sa femme. Une œuvre autobiographique, qui raconte l’auteur et se raconte. Le récit, jour après jour, du deuil d’un mari devant malgré tout rester père… D’un mangaka voulant à tout prix continuer à dessiner…

Un manga d’une rare émotion, évidemment. L’histoire simple d’un drame pouvant arriver à n’importe qui, n’importe quand. C’est cette banalité, ce “en-le-commun”, qui donne toute sa force à ce récit. Un morceau triste d’une vie particulière, qui pourtant touche à l’universalité de l’émotion… de l’être l’humain.

Cependant, l’émotion ne fait pas tout. Il est vrai que ce manga est parfois décousu, pas toujours sublime, mais quel exploit d’arriver à sortir une production d’une si grande sincérité face à une telle épreuve. L’auteur réalise un coup de maître : malgré la douleur et l’atrocité des événements, il nous livre un excellent manga, tout simplement. Kentarô Ueno arrive à mettre des traits et partager à sa façon de vivre l’incompréhensible de l’existence, l’injustice finale, la mort de ceux que l’on aime… C’est ce qui m’a le plus touché : la simplicité avec laquelle ce manga a été dessiné. Sans maquillage et sans fioriture. Un manga qui est et sera lu: la plus belle preuve d’amour pour sa femme…?

Ce manga aurait pu être un “regardez-moi” ou “un coup commercial”. Mais c’est tout l’inverse : juste un “voici mon histoire et la manière dont je l’ai vécue” et un “je t’aime”. Vous l’aurez compris, ce manga n’est pas un manga ordinaire… Vous aimerez, ou pas, mais je suis sûr qu’il vous marquera… Et si ça m’arrivait ?

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“Japon, la fabrique des futurs” - Jean-François Sabouret

“Japon, la fabrique des futurs” est un tout petit livre (78 pages) avec un tout petit prix (4€) que je vous conseille vraiment si vous avez envie d’en apprendre un peu plus sur le Japon. L’auteur, Jean-François Sabouret est un sociologue français s’intéressant notamment à l’éducation et à la société japonaise. Il a été directeur de recherche au CNRS et est le directeur du réseau Asie - Imasie depuis 2006.

Il propose un véritable regard transversal sur le pays, en abordant de front des questions liées à la culture, l’économie, la politique… Regard scientifique certes, mais accessible grâce à un bonne vulgarisation et à un style d’écriture agréable. L’auteur place donc le Japon dans sa trajectoire temporelle, replongeant dans l’histoire du pays pour analyser ses perspectives d’avenir. Longtemps pressenti comme nouveau leader mondial, devant les USA et la Chine, il occupe actuellement la troisième place. Jean-François Sabouret place aussi l’archipel dans son contexte géopolitique en abordant notamment les relations “amour-haine” avec la Chine. L’auteur soulève aussi la question d’une possible “Union asiatique” dans un futur plus ou moins proche, ressemblant à ce que nous connaissons avec l’Union européenne.

Quelques chiffres cités par l’auteur et qui m’ont particulièrement frappé:

- Tokyo, c’est 42 millions d’habitants répartis sur la plaine du Kanto. Un chiffre inconcevable lorsque l’on habite dans un pays de 11 millions d’habitants et quand l’on sait que cette plaine fait justement la même superficie que ce pays, la Belgique.
- Il y a environ 22 milliards de passagers dans les trains japonais chaque année.
- Le Japon est un archipel de 6852 îles…

Au delà de ces chiffres vertigineux, j’ai particulièrement été frappé par les notions japonaises de propriété immobilière et foncière qui sont complètement différentes. A causes des nombreux (micro)séismes, l’auteur affirme qu’il est nécessaire de reconstruire les maisons tous les 30 ans environs. L’important est donc d’avoir un terrain qui perdurera, même en cas de séisme, plutôt qu’une maison qui risque de disparaître. Des conceptions de l”avoir” et du “chez-soi” radicalement différentes de celles d’ici.

L’auteur aborde également la pensée “cool Japan” omniprésente actuellement, et dont ce blog est un des nombreux avatars présents sur la toile. Ce phénomène est comparable à une pensée “cool USA” apparue à l’issue de la deuxième guerre mondiale, et concrétisée par la diffusion en masse de musique, de films et bien sûr, de produits américains. La question qui me vient immédiatement à l’esprit est : pourquoi ? Pourquoi ce pays nous/me fascine tant ? La réponse à cette question est forcément complexe et je tenterai de vous amener, cher lecteurs, quelques pistes de réflexions sur ce blog au fur et à mesure de mes inspirations…

Vous l’aurez compris, j’ai apprécié cette lecture qui propose une synthèse plaisante et accessible de quelques notions clés pour bien comprendre le pays du soleil levant (zut, je m’étais juré de ne jamais utiliser ce synonyme…).

Pour aller plus loin :

Une interview de Jean-Francois Sabouret sur le tsunami du 11 mars sur le blog de Leïla Marchand.

Une interview de l’auteur réalisée par Le Monde sur l’art de vivre japonais.

Une interview radio réalisée par France Info à propos du livre.

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“Hideout” - Masasumi Kakizaki

Si vous cherchez un chouette cadeau pour votre petite sœur de 6 ans, ne choisissez certainement pas « Hideout », le dernier manga de Masasumi Kakizaki ! Un manga d’épouvante résolument « seinen » pour inaugurer la section « Lire » de watashinokustu. La couverture est assez explicite, pas besoin de vous faire un (autre) dessin. Ce one-shot de l’auteur de la série Rainbow est sorti chez KI-OON il y a quelques semaines, et mérite vraiment que l’on s’y attarde.

« Hideout », c’est l’histoire d’une longue descente aux enfers. La déchéance d’un homme qui a tout pour être heureux. Le chapitre final d’un auteur à succès qui nous livre son dernier roman. C’est décidé, il veut tuer sa femme…

En lisant le quatrième de couverture, impossible d’imaginer ce qui se “cache” véritablement dans ce « Hideout ». Et pourtant, ça vaut vraiment la peine de se laisser entrainer par ce scénario plein de surprises. Impossible de ne pas être pris d’empathie pour le héros à qui la vie, décidément, ne fait aucun cadeau.

Niveau dessin, mieux vaut avoir le cœur bien accroché. Très réalistes, vous êtes prévenus. La gestion par l’auteur de la (non)luminosité est absolument géniale et sert à merveille le scénario. Concernant le découpage, je suis sûr que vous aurez quelques surprises en tournant les pages. D’ailleurs, à ce propos, je vous mets au défi de ne pas engloutir ce manga d’un trait, tant l’histoire est prenante !

« Hideout », à lire seul et tard le soir…

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